Château de Coustaussa

Le Château de Coustaussa : Histoire, Architecture et Patrimoine Naturel


Coustaussa

L'histoire de Coustaussa

Communauté de l'ancien pagus reddensis, du comté puis de la viguerie de Razès (Rennes-le-Château) et ensuite des diocèses civil et ecclésiastique d'Alet, Coustaussa appartient aujourd'hui à la Communauté des communes du Limouxin.

Situé sur la rive droite de l’Aude, Coustaussa est traversée par la rivière Sals (Salz), rivière salée, qui prend sa source à Sougraigne, près du pic de Bugarach.

Une origine gallo-romaine

Les principales occupations anciennes sur le territoire de Coustaussa se localisent sur les deux rives de la Sals et datent principalement de l’époque gallo-romaine. Elles confortent l'origine étymologique de Coustaussa à rechercher dans l'association du nom gallo-romain Constancius et du suffixe anum ainsi qu'en atteste la plus ancienne mention connue : Constantianum, en 1157.

C’est sur le plateau du Pech que doivent être recherchés les vestiges du poste militaire situé en bordure de l'antique via corbariensis, la voie des Corbières, qui reliait la Haute Vallée de l'Aude au Narbonnais.

Le tombeau du « Grand Romain »

D’après certains auteurs, ce serait dans les proches environs du village que se trouverait le riche tombeau de Constant, le plus jeune fils de l'empereur Constantin Ier le Grand, assassiné en 350 par des cavaliers du général Magnence alors qu'il voulait se réfugier à Elne avant de rejoindre l'Espagne. Né en 320 ou 323, Constant a été fait César (vice-empereur) par son père en 333, puis officiellement déclaré Auguste avec ses frères en 337, à la mort de son père.

Le tombeau de Constant, dit du « Grand Romain », aurait été édifié vers 355. Dans ses Prophéties, Nostradamus annoncerait sa découverte à la faveur d'un tremblement de terre.

Un habitat intemporel : les capitelles

C’est sur le plateau du Pech que se situe l'ensemble architectural des capitelles, site protégé depuis 1972. Exposé plein sud, cet ensemble constitué de petits bâtiments ruraux (capitelles) et de nombreux murets construits en pierre sèche est le plus important des Corbières occidentales et peut-être même des Corbières.

Difficilement datables, si certaines capitelles ont été construites au début du XX° siècle, d’autres, associées à des enclos, ont pu jouer à l'époque néolithique le rôle d'abris de bergers.

Changement de siège administratif et militaire

C'est le 3 juin 1157 que le village de Coustaussa a été donné par Raymond Trencavel à son viguier de Rennes, Pierre de Villar, et à ses descendants, à la condition d'y bâtir un château.

Cette donation marque le transfert vers Coustaussa du pouvoir administratif et militaire jusqu'alors exercé depuis la citadelle de Rennes sur la région du Razès. Après le meurtre de Trencavel (1167) et le retrait du monde de Pierre de Villar, la charge de viguier du Razès échappera aux membres de la famille de Villar, encore trop jeunes. En l’espace d’une décennie, la charge passera entre les mains d’au moins quatre personnes sans que Coustaussa et son château ne changent de main.

Le château

Un château défensif

Le début de la construction du château de Coustaussa peut donc être daté de 1157, sur l'emplacement d'un ancien oppidum dont les traces sont encore visibles dans les ruines actuelles. La fin des travaux de construction se situe au plus tard en juillet 1172, date à laquelle quatre seigneurs de la région vont prêter serment en vue d'assurer la défense du château de Coustaussa en attendant que Pierre II soit armé chevalier.

Avec une enceinte de 100 mètres de long sur 50 mètres de large, soit 5000 m², le château de Coustaussa est un des plus grands châteaux de l’Aude avec une superficie aussi important que celle des châteaux de Termes et de Puivert.

Un élément clé du système de défense de la Cité de Carcassonne

De par sa position stratégique, le château de Coustaussa en plus de contrôler la vallée de la Sals contrôle surtout la route des Corbières en direction de Narbonne et la vallée de l'Aude en direction de Carcassonne. Il constitue alors au XII° siècle un élément clé du système de défense de la Cité de Carcassonne, bien antérieur à celui constitué le siècle suivant par les châteaux royaux du Languedoc à l’issue de la Croisade contre les Albigeois.

Longtemps qualifiés de châteaux cathares, même si les forteresses royales du Languedoc (Cité de Carcassonne, châteaux de Lastours, Termes, Aguilar, Quéribus, Peyretertuse, Puilaurens et Montségur) constituent un ensemble d’exception classé en 2026 au patrimoine mondial de l’UNESCO, elles ne représentent qu’une infime partie de la richesse du patrimoine castellaire du département de l’Aude, constitué essentiellement de châteaux seigneuriaux médiévaux dont ceux de Coustaussa, Quillan ou Puivert sont de parfaits exemples.

Sur la route des Croisés

Ce n'est pas sans raison que la plupart de ces châteaux sont cités dans la chanson de la Croisade contre les albigeois dans l'itinéraire de la chevauchée des Croisés.

Coustaussa et son château vont se retrouver à deux reprises la route des Croisés. Fin novembre 1210, après la prise de Termes, Simon de Montfort trouvera Coustaussa abandonné. En effet, la chute du château de Termes avait suscité un tel effroi dans la région que troupes et habitants avaient préféré se mettre à l'abri et ne pas affronter sans espoir de victoire l'envahisseur venu du Nord.

Depuis Coustaussa, les Croisés vont se rendre au château du Bézu puis vont poursuivre leur chevauchée vers Puivert. A l'automne 1211, Coustaussa s'étant soulevé, les croisés seront de retour à Coustaussa pour en reprendre possession. C'est à cette occasion qu'ils en auraient fait deux ou trois jours de siège avant de le reprendre. D'après des auteurs régionaux du XIX° siècle aujourd'hui controversés, les croisés auraient affronté les seigneurs locaux dans une bataille livrée dans la vallée de la Sals et après la chute du château, les effets des habitants auraient été brûlés dans la haute-cour du château.

Un seigneur faidit

C’est le témoignage de la femme de Pierre de Villar, Guillelme, qui confirmera que son mari a été faidit, c'est à dire en résistance contre les Croisés du temps du Comte Montfort. Ce statut est à mettre en relation avec l’abandon du château en 1210 et son soulèvement à l’automne 1211.

Après la mort de Simon de Montfort, son fils Amaury cèdera ses droits au roi de France en 1224. Si Raimond VII en profite pour prendre la Cité de Carcassonne, le roi Louis VIII lancera une expédition et soumettra la ville en juillet en 1226 sans combattre. Même si Pierre de Villar ne semble pas avoir participé à cette guerre, elle lui vaudra d’être déshérité ainsi qu’en témoignera sa femme.

La Croisade prendra fin le 12 avril 1229 avec le traité de Meaux-Paris qui convient du mariage de la fille unique de Raimond VII, Jeanne, avec Alfonse de Poitiers, frère du roi et prépare le rattachement du Languedoc au domaine royal.

Sous la protection des abbés puis des Évêques d'Alet

La famille de Villar en ayant été un temps déshéritée à l’issue de la Croisade, Coustaussa sera cité en 1231 dans l'assignat de Pierre de Voisins au sujet de Blanchefort. Par la suite, ayant sans doute réussi à faire reconnaître sa non participation à la guerre du vicomte, la famille de Villar sera remise en possession de ses biens. C’est en 1274 que les Villar transmettront la seigneurie de Coustaussa à la famille de Fenouillet.

Si suite à la Croisade contre les Albigeois, la seigneurie de Coustaussa relevait du Roi, on ne sait trop comment elle a fini par relever de l'abbaye d'Alet, puis de l'évêché d'Alet à partir de sa création en 1318.

Sans doute la seigneurie a-t-elle fait l’objet d’une donation au clergé afin d’assurer le salut de l’âme de quelque testateur comme il était dans l’usage du temps. En reconnaissance et afin de prévenir toute contestation, le nouveau propriétaire inféodait ses nouvelles possessions aux descendants du testateur moyennant un serment de fidélité et une redevance symbolique régulières. Ainsi, les seigneurs de Coustaussa rendront foi et hommage aux Evêques d’Alet sans discontinuer jusqu’à la Révolution française.

Architecture

L'évolution architecturale du Château de Coustaussa

Plusieurs campagnes de travaux ont façonné le château de Coustaussa tel qu'il s'offre à nous aujourd'hui. Ces différentes campagnes sont encore parfaitement visibles sur les vestiges de l’édifice qui témoignent d'une riche évolution, mêlant architecture militaire, travaux de consolidation et aménagements de confort.

Les origines : la forteresse primitive du XIIᵉ siècle

La période initiale de construction, située dans la deuxième moitié du XIIᵉ siècle, entre 1157 et 1172, établit le plan directeur de la forteresse : une forme rectangulaire alors dépourvue de véritable tour. L'essentiel des structures prend place à l'abri d'un premier rempart protecteur, dont les vestiges sont encore visibles au Nord (côté parking). Au Sud (côté Rennes-le-Château) nous identifions une superposition de structures : un nouveau rempart est venu s'adosser à l'enceinte originelle dont seuls quelques dessus de murs émergent encore dans l'espace des basses-cours.

Des latrines atypiques dans le rempart primitif

Le rempart primitif situé au Nord du château conserve une curiosité architecturale : des latrines enchâssées dans l’épaisseur du mur de défense. Cette construction est d’autant plus singulière qu’elle est quasi unique en France et qu’on la retrouve essentiellement Proche-Orient dans les lieux d’aisance du monde chrétien contemporains aux Croisades.

Latrines intégrées dans le rempart nord
Latrines intégrées dans le rempart nord

Une chapelle seigneuriale dans le corps de logis

À l'origine, la chapelle seigneuriale primitive était intégrée au corps de logis (la fenêtre romane en plein cintre sur le mur Est en est un vestige). Elle sera rapidement remplacée par l’église paroissiale Saint-Michel, construite à l’Est du corps de logis, dans la haute cour à l’intérieur de l’enceinte du château. Cette église restera en fonction jusqu’après les Guerres de religion et sera remplacée au milieu du XVIIᵉ siècle par l’église paroissiale actuelle située à l’extérieur de l’enceinte du château.

L'apogée défensive (XIIIᵉ et XIVᵉ siècles)

L'architecture militaire du château se renforce au cours du Moyen Âge : ​Au XIIIᵉ siècle, la tour Est est construite pour consolider le corps de logis. ​Au XIVᵉ siècle, l'édifice connaît une transformation majeure : il est rehaussé d'un quatrième et dernier niveau, complété par la construction d’une échauguette à l’angle Nord-Est. Son rôle était vraisemblablement de surveiller un nouvel accès fortifié côté village. Celui-ci menait aux lices, un véritable couloir défensif aujourd'hui disparu, mais dont l'existence est confirmée par des archives du XIXᵉ siècle et des affleurements bâtis côté Nord.

Remaniements et consolidation (XVIᵉ - XVIIᵉ siècles)

Adossée au ​milieu du mur Sud​ du corps de logis, s'élève une ​tour carrée​ dont la technique de maçonnerie situe la construction au ​XVIᵉ ou XVIIᵉ siècle​. Loin d'être un simple élément d'apparat, cette tour répondait à deux besoins majeurs :

  • Soutenir la structure​ : éviter l’effondrement des murs du corps de logis, construits en différentes phases sans liaison suffisante.
  • Faciliter l'accès​ : rendre plus fonctionnelle l’entrée du corps de logis, située au premier étage selon la tradition médiévale. Un escalier en pierre, adossé au mur Ouest de la tour, a ainsi remplacé une ancienne structure en bois.

Il est à noter qu’en milieu de la façade Nord, une esquisse de tour forme le pendant, de la tour Sud. Elle est vraisemblablement contemporaine de la construction initiale du corps de logis.

Matériaux et techniques : entre tradition et modernité

L'observation des pierres d'angle de l’édifice révèle l'emploi d'un grès particulier. Sa texture et sa teinte indiquent qu'il proviendrait des environs d'Alet-les-Bains, peut-être extrait de la même carrière que la célèbre abbaye d'Alet-les-Bains. Au pied des murailles et de la tour Sud, le profil taluté des maçonneries évoque des techniques défensives modernes, rappelant l'architecture militaire à la Vauban.

Un château aux deux visages : Renaissance et Médiéval

Le château de Coustaussa offre aujourd'hui une dualité architecturale saisissante.

Côté plateau au Nord, l'édifice présente une configuration Renaissance avec de grandes fenêtres percées ou agrandies pour apporter davantage de lumière aux appartements. L'emploi de voûtes de décharge en briques pour supporter la charge des maçonneries supérieures témoigne d'un savoir-faire moderne, alliant confort intérieur et sauvegarde de la structure.

Côté vallée au Sud, le château conserve une configuration médiévale avec l’aspect altier et imposant propre à la forteresse médiévale primitive.

Découvrez le Château de Coustaussa

Nous vous proposons de découvrir le château de Coustaussa au cours d'une visite commentée par son conservateur qui vous présentera son histoire et le projet de sauvegarde du site.

Durant cette visite d'environ 45 minutes, vous découvrirez des éléments architecturaux remarquables et en apprendrez plus sur les différentes évolutions de cet immense château et tout ce qu'il nous reste encore à découvrir.

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